Consommation illicite de films sur Wawacity : Organisation et projection sur le marché licite

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23/11/2015

Souhaitant décrire l’organisation et la consommation depuis les forums agrégateur de liens, l’Hadopi a réalisé une étude portant sur les caractéristiques de la consommation générée par le forum Wawacity.

La diffusion illicite d’œuvres en streaming et en téléchargement direct est souvent rendue possible par un ensemble d’intermédiaires qui fournissent des services facilitant la mise à disposition et la consommation d’œuvres culturelles. Ces intermédiaires forment un écosystème structuré qu’il convient d’analyser.
 
Dans cette étude, l’Hadopi a voulu décrire l’organisation d’un de ces intermédiaires et à chercher à présenter des estimations de ce que pourrait être la valeur potentielle de marché de la consommation illicite que celui-ci génère.
L’intermédiaire en question est Wawacity. Il s’agit d’un forum agrégateur de liens (le 3ème forum agrégateur de liens en France en termes de visiteurs uniques et en termes de pages vues).
 
Le travail présenté dans cette étude a consisté en premier lieu à collecter les informations publiques disponibles sur Wawacity. Cette collecte a été automatisée. Elle a permis de comprendre les caractéristiques de la consommation générée par ce forum. Dans un second temps l’étude présente une projection de cette consommation sur les prix de référence du marché licite.
 
Il convient de faire attention à la signification de la notion de « projection de la consommation illicite sur le marché licite ». Cette dernière est décrite en introduction de la partie « Projection de la consommation » de ce document. La section « Mise en Perspective » de cette partie expose quant à elle les potentiels écueils d’interprétation autour de cette notion.
 
Les principaux enseignements que l’on peut retenir de ce travail portent sur les caractéristiques de la consommation issue de Wawacity.
Sur Wawacity se trouvent référencés plus de 500 000 fichiers correspondant à près 50 000 œuvres différentes. Plus de 50 millions de clics y ont été effectués. Les œuvres les plus représentées sont les films, les séries, les ebook et la musique (en nombre d’œuvres comme de fichiers). Cependant, en termes d’usage (nombre de clics) les films, les ebooks et les séries sont les catégories les plus cliquées, avec respectivement 25,3%, 23,9% et 19,9% de l’ensemble des clics.
 
Concernant la mise à disposition, si chaque utilisateur peut potentiellement mettre une œuvre à disposition, dans la pratique seulement 10 comptes sont responsables de plus de 80% des mises à disposition. Ces 10 comptes, que nous appellerons « big uploaders », sont à l’origine de 81% des 500 000 fichiers à disposition et de 76% des 50 millions de clics comptabilisés.
 
Pour finir, nous apprenons, à travers ces travaux, que l’estimation de la projection de la consommation* des 30 films les plus cliqués sur Wawacity sur le marché licite s’élève à 12,8 M€. Les big uploader (10 premiers comptes) sont responsables de 92% de cette estimation, soit 11,8 M€.
Ce montant représente 0,5% du budget total de ces 30 films (2,5 Mds €). Ce pourcentage varie selon les budgets des films concernés : il dépasse 1,5% pour les films aux petits budgets et reste en-deçà de 0,4% pour les films à gros budgets.


Pour 70 autres films sélectionnés de façon aléatoire, l’estimation s’établit à 2,75 M€. La part des big uploader y est plus diffuse bien que toujours nettement majoritaire (68%). On y retrouve les mêmes disparités accentuées quant à l’importance relative au budget des films : jusqu’à 10 fois plus pour les films à petits budgets que pour les films à budgets importants.

 

* Cette projection de la consommation consiste en une stricte projection sur un marché licite similaire en termes d’usage, mais rien n’indique que ces pratiques soient substituables (un film consommé gratuitement pourrait ne pas l’avoir été s’il avait dû être payé, et, à l’inverse, sa disponibilité gratuite pourrait ne pas impacter seulement sa consommation en VOD, mais aussi d’hypothétiques consommation en salle ou en DVD). Il est donc impossible d’en tirer une quelconque conclusion sur l’impact potentiel sur l’économie générale du cinéma.


Télécharger l'étude